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L’affaire Khashoggi, un cheval de Troie pour Erdogan

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Depuis la disparition du journaliste saoudien dissident, la Turquie, par le biais de nombreuses fuites dans la presse, ne cesse d’attirer l’attention internationale en  exerçant  une pression constante sur l’Arabie Saoudite. Ce qui a poussé les dirigeants  du royaume à avouer  sa mort  dans leur Consulat à Istanbul. Mais si officiellement, les Turcs évitent soigneusement d’accuser frontalement le pouvoir saoudien, officieusement, des fuites accablantes sur les circonstances de la mort du journaliste viennent régulièrement  incriminer la famille royale et le Prince héritier. Lesquels sont accusés d’avoir envoyé en Turquie des tueurs à gage pour supprimer le dissident. Et pour maintenir la pression, Ankara laisse entendre que ses enquêteurs ne tarderont pas à découvrir le corps de Jamal Khashoggi, que Riyad se refuse à localiser pour l’instant.

Avant la survenue de l’affaire Khashoggi, la Turquie, face au monde occidental notamment les USA, connaissait un isolement économique et diplomatique. Pour redorer l’image de son pays, le président Erdogan qui est loin d’être un défenseur de la liberté de la presse et d’opinion, s’approprie cette crise en la  transformant en opportunité. Le « Sultan » Turc n’hésite pas à utiliser l’affaire Khashoggi comme  son cheval de Troie pour faire plier l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

Il est apparu clairement que la Turquie en sait trop, depuis le début de l’Affaire Khashoggi. La communication à deux niveaux permet aux Turcs de se relancer  stratégiquement, non seulement au Moyen et au Proche-Orient, mais aussi et surtout sur le plan international. En veillant à ne pas trop charger publiquement le pouvoir saoudien, Erdogan espère sur des contreparties. Ils sont d’ailleurs nombreux les analystes qui estiment que le pouvoir saoudien sera contraint de faire à Ankara des promesses d’investissements, de crédits à taux réduit, de réductions de dettes et de contrats énergétiques avantageux. Les saoudiens ne sont-ils pas les deuxièmes plus gros investisseurs dans l’immobilier turc ?

Mais aussi, les retombées de l’affaire Khashoggi pourraient être politiques pour Erdogan. Entre Turcs et Saoudiens, les discordes s’étaient amoncelées. On peut noter, entre autres : le soutien d’Ankara au Qatar sous embargo de Riyad, le soutien de Riyad à l’Egypte du maréchal putschiste Abdel Fattah Al-Sissi, bête noire d’Ankara, la  proximité de la Turquie avec les frères musulmans, «terroristes» pour Riyad, l’appui saoudien aux forces kurdes de Syrie, «terroristes» pour Ankara. Ainsi, au lieu de devenir la «goutte d’eau» qui déclenche la crise, l’affaire Khashoggi pourrait permettre à Ankara d’obtenir des concessions dans certains de ces dossiers.

Il est fort à parier que  les saoudiens joueraient le jeu d’Ankara. Sinon, pour les autorités turques, mettre en difficulté Riyad et Washington consisterait simplement à publier les preuves qu’elles affirment détenir, toujours officieusement, au sujet de la mort de Jamal Khashoggi. Or, il existerait des enregistrements sonores, entre autres, qui démontreraient que le journaliste a été  bel et bien torturé et tué dans le consulat saoudien et non blessé mortellement au cours d’une «bagarre à coups de poing».

Comme quoi, le malheur des uns peut bien faire le bonheur des autres !