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Doumanzana / trois bouchers tués, la population sous le choc

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Le quartier de Doumanzana en commune I du district de Bamako est sous le choc depuis l’annonce de la mort de trois bouchers. Dans la nuit du lundi au mardi dernier, trois bouchers ont été fraichement tués à coups de cailloux et de gourdins par des jeunes regroupés en comité de  brigade volontaire du quartier.

Dans le souci de nettoyer le quartier des bandits armés qui ne cessent de semer la terreur, les jeunes du quartier ont mis en place une brigade de veille. L’urgence était de répondre aux bandits qui rendaient le quartier invivable une fois la nuit tombée.

Dans ce quartier, les bandits ont tué il y a deux semaines, un chef de famille dans sa chambre pour prendre sa moto. Trois familles ont été cambriolées en série.  Pire, ces bandits opèrent comme s’ils sont en territoire conquis car les agents de sécurité appelés au secours des victimes au moment des faits se retranchent dans leur commissariat sous le prétexte fallacieux du manque de carburant et du mauvais état du véhicule. Face à cette situation d’angoisse dans ce gros quartier de la commune I, les jeunes ont décidé de prendre la sécurité en main. C’est ainsi qu’un comité de brigade a été mis en place avec l’autorisation du chef de village, des commissariats de la commune et de la mairie de la commune I du district. Une fois la nuit tombée, ces jeunes volontaires engagés et déterminés à affronter les bandits et autres voleurs, patrouillent dans le quartier.

C’est cette patrouille qui a commis l’irréparable dans la nuit du lundi au mardi, en ôtant la vie à trois paisibles citoyens à la place des malfrats. Il était environ 5 heures du matin ce jour, lorsque ces jeunes patrouilleurs sont tombés sur deux bouchers sur une moto djakarta en partance pour l’abattoir. Exactement  au niveau de la place publique appelée « Kolon bada », située au cœur du quartier petit Paris. Les bouchers sont pris pour cibles avant d’être tabassés à mort. La troisième victime qui n’est autre que le grand-frère des deux malheureux bouchers, venait au secours de ses deux jeunes frères gisant dans le sang et voulait témoigner qu’ils ne sont pas des voleurs, mais bien des bouchers. Peine perdue, les jeunes excités et ivres de colère ont donné des coups de gourdin à ce dernier qui tentait de se justifier à travers ses pièces d’identité.

Le bilan de cette bavure est triste. Trois frères de la même famille tués sur le champ. C’est après le forfait que les populations ont découvert que les trois bouchers du marché de Nafadji ont été tués à la place des voleurs. C’était le choc, l’émotion et le remord dans le quartier.

Cette bavure des jeunes est la conséquence de l’insécurité et de l’injustice dans le pays. Les bandits volent, violent, tuent sans être inquiétés. D’où l’instauration de plus en plus dans les villes d’une justice populaire qui est loin d’être irréprochable.

La méthode de la brigade de vigilance décriée

C’est la colère et l’indignation chez les populations et, singulièrement les bouchers depuis la mort cruelle de trois jeunes, dans la nuit du lundi au mardi dernier, à Doumanzana en commune I du district de Bamako, pris pour des voleurs par une brigade de surveillance instaurée en commune I. Malgré les interventions et les appels au calme, la tension reste vive dans ce quartier et personne ne se hasarde dans les rues après 20 heures.

Pour exprimer leur mécontentement, les bouchers de Doumanzana et de Fadjiguila ont observé 72 heures de grève en guise de protestation. Les bouchers dénoncent avec la plus grande vigueur cette bavure populaire et exigent une réaction des autorités. Pour le moment, au niveau du quartier des dispositions sont prises pour mieux sensibiliser les patrouilleurs volontaires de la brigade de vigilance pour qu’une pareille bavure ne se reproduise plus. Néanmoins, un climat de vengeance terrorise les populations qui se terrent chez elles, une fois la nuit tombée.

Qui sont les jeunes patrouilleurs volontaires qui composent cette brigade civile constituée de commun accord avec les notabilités et le Commissaire du 6ème arrondissement ? Les autorités policières et les notabilités ont-elles sélectionné les membres de la brigade sur la base d’une enquête de moralité avant de leur donner leur mandat ? Ce sont des interrogations qui méritent d’être faites. La méthode musclée et disproportionnée en dit long sur les jeunes patrouilleurs.

Une victime qui a requis l’anonymat, a affirmé avoir été sérieusement tabassée par les patrouilleurs, et veut savoir si les éléments de la brigade étaient des policiers pour agir de la sorte. « Ils m’ont roué de coups comme si j’étais un voleur », nous a confié le malheureux avant de pointer du doigt le commissaire du 6ème arrondissement qui s’est montré incapable de rétablir l’ordre et fuit ses responsabilités en confiant la sécurité des populations à des civils.

Il n’est pas le seul, plusieurs autres victimes de violences physiques ou verbales sont signalées et des cas d’extorsion d’argent pour les vignettes de motos sont fréquents. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que la bête du banditisme a repris du poil dans la capitale et ses environs, mais il serait tout aussi suicidaire de laisser prospérer des brigades civiles de surveillance dans les quartiers. Le Général Salif Traoré en charge de la sécurité et de la protection civile est vivement interpellé.

Daouda T. Konaté