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Une indépendance inachevée !

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22 septembre 1960 – 22 septembre 2018 ! Il y a 58 ans, Modibo Kéïta et ses compagnons proclamaient l’indépendance de la République du Mali suite à  l’éclatement de la Fédération du Mali, une entité ayant regroupé le Sénégal et le Soudan français. 58 ans d’indépendance. Une indépendance inachevée. Une nation sous tutelle internationale avec des manipulations et des chantages permanents de ceux qui veulent la maintenir dans une dépendance éternelle.

58 ans après son accession à la souveraineté nationale et internationale, le Mali est devenu un pays de paradoxe. Le développement n’est pas une affaire de sorcellerie et on n’a pas besoin d’être  un grand spécialiste en économie pour se rendre compte qu’une société de consommation est condamnée à enrichir les nations qui produisent. En dépit d’un environnement hostile, le Président Modibo Kéïta et ses compagnons avaient su jeter les bases du développement national. Leur héritage a été gaspillé au fil du temps par une élite affairiste qui n’a que le patriotisme sur les lèvres.

Par manque de vision et de volonté politique, le Mali disposant de deux grands fleuves et d’autres cours d’eau, importe du riz de l’Inde, du Pakistan, de la Thaïlande, de la Chine, du Japon. Tenez-vous bien, de la pomme de terre et de l’orange viennent d’autres cieux pour inonder le marché malien et, de quelle qualité ? Quelle honte ! Nombreux sont nos compatriotes qui ignorent la provenance des jus de fruit qui sont étalés dans les rayons de nos supermarchés. Et pourtant, ceux qui ont la chance d’avoir la main aux affaires du Mali trouvent des milliards pour des futilités.

Au moment où ils construisent des immeubles à coût de milliards, l’orange du petit paysan du fin fond de Sikasso pourrit avant d’arriver à sa destination finale. Pendant qu’ils puisent dans le budget national pour construire leurs somptueux immeubles, la maraîchère de Niono est obligée de brader sa production pour ne pas la jeter au bord de la route en rentrant de la foire hebdomadaire. Au moment où ils investissent des milliards pour doter les services publics de jolis locaux meublés de matériels importés de Dubaï ou d’ailleurs, le cultivateur de Siby assiste à la pourriture de ses mangues. Les éleveurs de Douentza, de Goundam, de Bourem et de Kidal  bradent leurs animaux dans des pays voisins.

Ils mettent la corde au cou de la future génération en empruntant des milliards pour construire des échangeurs mais refusent de construire des usines pour transformer sur place le coton. Ils n’ont aucune gêne à circuler dans des véhicules de luxe au moment où une grande partie de la population peine à accéder à l’eau potable ou parcourt des kilomètres en charrette pour se soigner. Ils préfèrent envoyer leurs enfants pour étudier à l’extérieur plutôt que d’investir dans l’école publique. Ils préfèrent payer des milliards à une société étrangère pour ramasser les ordures de Bamako que de renforcer les capacités des services de la voirie. Ils préfèrent investir des milliards dans des initiatives inutiles comme le programme de volontariat de l’Agence pour l’Emploi des Jeunes (APEJ) que de créer des emplois durables. En lieu et place des actions concrètes et pragmatiques, ils nous vendent des illusions.

La gouvernance de l’ex-Soudan français est enveloppée dans un tissu de mensonge teinté d’hypocrisie. Tout est fait pour cacher la vérité au peuple et le maintenir dans une situation de précarité afin de lui ôter toute volonté de lutte. Par sa résignation, ce peuple trimbalé est devenu complice de sa propre déchéance. Comme le disait l’écrivain, essayiste et journaliste britannique, « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice ».

Le pays de Mamadou Konaté et de Modibo Kéïta a besoin d’un vrai sursaut. Le peuple malien doit se ressaisir. Il revient à la jeunesse de prendre conscience de son rôle historique afin de ne plus ramasser les miettes jetées par ce bataillon de bourgeois qui exploite l’écrasante majorité du peuple depuis plus d’un quart de siècle. Il faut que cette jeunesse arrête de s’aligner derrière ceux qui vident les caisses publiques pour acheter les électeurs afin de se maintenir aux affaires publiques avec une arrogance déconcertante.