Home INVESTIGATION Au-delà du Nobel, Dr Mukwege est l’incarnation du courage

Au-delà du Nobel, Dr Mukwege est l’incarnation du courage

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Le prix Nobel de la paix est décerné chaque année en octobre et remis le 10 décembre à Oslo en Norvège. Le jury est constitué d’un comité nommé par le parlement norvégien. Le lauréat reçoit la médaille de la paix, dessinée par le sculpteur norvégien Gustav Vigeland, portant sur l’avers un portrait du Suédois Alfred Bernhard Nobel. Ce chimiste, industriel et fabricant d’armes très fortuné, considéré par une certaine presse de son époque comme un « marchand de la mort »,  dresse contre toute attente  en 1895, son testament dans lequel il exprime le souhait que sa fortune soit mise de côté à sa mort pour que soit créé le prix Nobel, une récompense internationale qui serait remise annuellement. A sa mort l’année d’après, sa volonté fut mise à exécution.

Ce  vendredi 5 octobre, l’édition  2018 de ce prix a été décernée à deux lauréats : le gynécologue congolais Denis Mukwege et l’activiste yézidie Nadia Mourad. Ils sont récompensés  pour leur combat contre les viols de guerre. Comme certification du  bien-fondé de cette nomination par le Comité Nobel,  c’est dans la salle d’opération de sa clinique de Panzi que le lauréat africain va apprendre qu’il est désormais co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018.

Une distinction très bien accueillie par le personnel et les patients que la majorité de ses compatriotes considèrent comme une fierté nationale dans ce grand pays d’Afrique centrale. A l’effet que  le Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, considère que  «Cette distinction honore la RDC». Martin Fayulu, candidat de l’opposition à la présidentielle,  n’a pas manqué de féliciter le gynécologue « d’avoir mis sa voix parce que sa voix n’est pas la voix de n’importe qui. Et ce prix Nobel a encore donné de la force à sa voix ».

Toutefois, si le nouveau lauréat du Nobel fait aujourd’hui la fierté de tous les acteurs politiques de la RD Congo, il ne faut pas occulter que son combat pour la survie et la réparation physique de nombreuses femmes, enfants et vielles femmes victimes de viol dans son pays s’est énormément heurté  à des obstacles, notamment aux pouvoirs publics. Son engagement sans faille  ne lui a-t-il pas valu d’être menacé à plusieurs reprises dans son pays ?

En octobre 2012, le Dr Mukwege est victime d’une agression alors qu’il rentre chez lui en plein centre de Bukavu. Son gardien est abattu à bout portant, sa voiture incendiée. Il  est ligoté avant que les gens de son quartier ne lui portent secours. Depuis, dans le Sud-Kivu, le Dr Mukwege ne se déplace plus que sous la garde des soldats de la Monusco. Un engagement citoyen au prix de sa vie tant il ne cesse de braver  les dirigeants et les groupes armés dans son pays.

Par cette abnégation héroïque,  Dr Mukwege est convaincu qu’il  ne suffit pas seulement de reconnaître son combat. Il a promis d’exiger  des autorités la réparation en faveur des victimes de viols et de violences sexuelles en République démocratique du Congo, particulièrement dans l’est du pays où il vit.  Puisse le Tout-Puissant faire qu’il soit entendu !