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Elections législatives 2018 : le dilemme du gouvernement

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Le Conseil des ministres a adopté en quelques semaines d’intervalles, deux décrets de convocation du collège électoral dans la perspective des élections législatives. Le 28 août 2018, le conseil des ministres a convoqué le collège électoral pour le 28 octobre et le 16 novembre. Le 14 septembre, le premier conseil des ministres du second mandat d’IBK a convoqué de nouveau le collège électoral. Ce décret retient les dates des 25 novembre et 16 décembre 2018, pour les 1er et 2ème tours de l’élection des députés à l’Assemblée nationale.

Ces nouvelles dates sont arrêtées après plusieurs jours de réflexion au sommet de l’Etat. Le Premier ministre, chef du gouvernement, Soumeylou Boubèye Maïga, demande le 10 septembre  dans une correspondance, l’avis de la Cour Constitutionnelle sur la prorogation de neuf (9) mois, du mandat des députés à l’Assemblée nationale.  Faut-il le souligner, le mandat des parlementaires expire le 31 décembre 2018. Dans le communiqué officiel, daté du 12 septembre, le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation a repoussé à une date ultérieure le dépôt des dossiers de candidature. Officiellement, la grève des magistrats aura rendu impossible l’obtention de certains dossiers administratifs des candidats à la députation. Le même jour, c’est-à-dire le 12 septembre, la Cour constitutionnelle rend un avis défavorable à la demande du Premier ministre. Une décision qui pourrait, semble-t-il, permettre à l’institution de redorer son blason. Du référendum avorté de 2017 à la tenue de l’élection du président de la République en juillet et août 2018, certains agissements de la présidente de la Cour Constitutionnelle ont jeté un sérieux doute sur la crédibilité et l’impartialité de cette institution, au point que de nombreux démocrates et républicains épris de justice et de paix s’interrogent sur son maintien en l’état actuel dans l’architecture institutionnelle. Avec une Cour jugée « partiale et partisane » par l’opposition, toutes les décisions que l’institution rendra désormais seront marquées du sceau de suspicion.

Cette décision des neuf sages  met le Président de la République et son gouvernement dans une position inconfortable vis-à-vis des groupes armés. La tenue des législatives à la date indiquée n’est pas conforme à certaines dispositions de l’accord pour la paix et la réconciliation qui prévoient entre autres une « amélioration de la représentation des populations à l’Assemblée Nationale par l’augmentation du nombre de circonscriptions électorales » et une « une plus grande représentation des populations du nord au sein des institutions nationales ».

Les hésitations à tenir les élections législatives à date échue s’expliquent aussi par les contradictions internes au sein de la Plateforme Ensemble pour le Mali (EPM). Les guerres de positionnement entre le Premier ministre et le Rassemblement pour le Mali (RPM) ne tarderont pas à s’étaler au grand jour. Les autres forces de la Plateforme EPM ne se laisseront pas abattre par le RPM ou le Premier ministre. Les dirigeants du RPM travaillent à obtenir une majorité confortable au Parlement pour mieux jouir de leur « pouvoir ». Chef de l’administration, le Premier ministre cherche à donner à sa formation politique un nombre respectable de députés. Ce qui lui permettra de paraître incontournable. La guerre des caïmans dans le marigot de l’EPM aura-t-elle lieu ? Que vont dire le Président IBK et son Premier ministre aux groupes armés ?