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Deuxième Festival International SENTE du Ganadougou

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En vue de promouvoir la culture  de leur terroir, en général et plus particulièrement de  favoriser la pérennisation  de l’usage du Senté, l’intercommunalité, le réseau des femmes et la jeunesse du Ganadougou  ont décidé de l’instauration d’une fête  annuelle à Niéna. Dénommée festival International Senté du Ganadougou, elle se tient tous les ans en avril. Commencée en  2017, la  deuxième édition s’est tenue du 06 au 08 avril. L’évènement qui était présidé par le ministère de la Culture, a été  tout comme la précédente, parrainé par Bakary Togola, le président de l’APCAM,  ressortissant  du Ganadougou et Dr Diakité Assa Traoré alias Assa Prado. La Compagnie Gana Transport et Toguna SA étaient les  sponsors  officiels.

La première édition a eu lieu du 15 au 17 avril 2017. L’évènement avait  regroupé une pléiade d’artistes de renom venant  des quatre coins du Mali et a  vu la participation  des autorités politico-admiratives de la région de Sikasso et du Mali, des milliers de ressortissants du Ganadougou et leurs sympathisants. Cette deuxième édition qui s’est tenue du 06 au 08  avril 2018 à  l’Ecole fondamentale publique de Niéna,  a connu un  record net de participation. Elle était dirigée, tout comme la première,  par Mamou Sidibé, la diva du Ganadougou.  Prof Mamo Wélé  Diallo était  chargée de la direction artistique et musicale du festival.

Des retombées  économiques

Durant les trois jours, des milliers de festivaliers et des dizaines d’artistes-vedettes  du Mali et de la sous-région se sont  donné rendez-vous à Niéna (la capitale du Ganadougou) pour commémorer le Senté. Les artistes ont chanté en live et en play-back. Des stands de commerce à proximité du site ont étalé des  produits de tous genres. Des articles d’art aux produits manufacturés en  passant par les produits exotiques, il y avait tous les goûts. Indéniablement,  pendant les trois jours du festival, l’économie  de Niéna a connu un véritable boom.

Adhésion  nationale et internationale des artistes du Mali

Dans l’après-midi du 06 avril, plusieurs interventions ont eu lieu dans l’enceinte de l’Ecole fondamentale publique de Niéna, sise sur la route nationale  qui mène à  Sikasso.  Au rythme des intermèdes musicaux traditionnels, les intervenants ont, dans l’ensemble, affiché toute leur satisfaction et remercié le public d’être venu nombreux. Ce sont, entre autres, le maire de la commune rurale de Niéna, Bakary Sangaré, le député élu à Niéna, la directrice  du festival International Senté du Ganadougou, Mamou Sidibé.  Des hommages bien mérités ont été rendus à N’gninè  Samaké, connu sous le sobriquet de « Kogolikogninè ». Cette artiste défunte du Ganadougou a produit un majestueux  répertoire  pour la promotion et la pérennisation  du genre musical Senté.

S’en est suivie, pour boucler la boucle des intervenants, l’adresse de la représentante du  ministre  de la Culture, Adiara  Sanogo alias Bougouniéri. Très émue, cette Sénoufo (cousine à plaisanterie des Gana) et ressortissante du Kénédougou,  n’a pas caché sa grande satisfaction et toute sa fierté d’être aux côtés de ses frères pour le lancement officiel de la première édition du Festival Senté du Ganadougou. Elle leur a promis, au nom du ministre, toute  l’aide du gouvernement et sa disponibilité afin d’œuvrer pour  la promotion de la culture du Ganadougou en général, mais aussi et surtout pour la pérennisation du  Senté.

Tour à tour, durant les trois jours et deux nuits, les artistes invités se sont succédé sur le plateau pour interpréter  chacun deux morceaux. C’étaient le groupe peulh, Djénéba  Seck, Mariam Soré du Burkina Faso, Yola de la Côte d’Ivoire, Faïna Chaka du Kénédougou, Néba  Solo, Bakoro  Sidibé (la protégée de Mamou Sidibé), Mama Diancoumba  de Ségou,  Batogoma Kouyaté,  N’Bolon Seydou, Méma Bari, Zanéya Doundouba  et une pléiade d’artistes en herbe regroupés au sein de l’Association des Jeunes artistes du Mali appelée « le Parlement ». Déjà, au cours du trajet Bamako-Niéna dans le bus  festivalier, ces jeunes avaient donné un avant-goût de leur talent en chant et danse.

Mariam Bagayogo, quasiment  mère  spirituelle de la diva Mamou, était  l’invitée d’honneur du Festival  International  Senté du Ganadougou. Cette dame de 80 ans,  qui n’en donne pas l’allure par ses prouesses physiques, a étonné plus d’un sur  scène. Elle chante et danse quasiment comme dans sa tendre  jeunesse.  Des sketchs et des défilés  de marionnettes du terroir du Ganadougou ont également émerveillé le public présent. L’évènement fut un véritable carnaval musical qui a aligné l’ensemble des talents musicaux  de la sphère géographique du Mali et des pays voisins. Aucune contrée du Mali n’a été mise de côté. De Ménaka  à Kayes, en passant  par Sikasso et Ségou.  Mamou Sidibé et Nampé Sadio Traoré ont bouclé la boucle à travers un concert géant. Ils ont émerveillé le public jusqu’à 2h 30 mn,  de  la  nuit du dimanche 08 au lundi 09 avril.

Mamou, l’enfant de cœur

La directrice du Festival International du Senté, Mamou Sidibé, a révélé sur le plateau un jeune artiste musicien-chanteur,  né mal-voyant.  Natif de Yorosso, Alou Sanou est un jeune Bwa, marié et père d’un enfant,  qui lui a été confié en adoption dès son jeune âge. Cet artiste élevé musicalement par Mamou Sidibé est très talentueux mais son état  physique demande plus d’attention. C’est  pourquoi la directrice,  qui fait déjà de son mieux, a sollicité l’aide matérielle et financière de chacun pour venir en aide à Alou Sanou afin qu’il puisse devenir un jour autonome et être promu musicalement. Apparemment, son appel a eu un écho favorable. Puisque sur place, les festivaliers ont  bien réagi.

Des conférences-débat sur le Senté et la culture du Ganadougou

Une communication a eu lieu le samedi 07 avril au Centre de Lecture et d’Animation sur la Culture (CLAC) de Niéna pour expliquer au public ce qu’est le Senté. Les organisateurs ont  jugé nécessaire de débattre aussi avec les femmes de Niéna, en compagnie des hommes, sur leur autonomisation économique en milieu rural. Le thème choisi était « L’eau source de vie ». Le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille Traoré Oumou Touré, représentait sa collègue de la Culture. Elle a fait une intervention  en faveur de la promotion de la culture du Ganadougou. Le  conférencier principal  était Seydou Togola, 3ème adjoint au maire de Niéna. Il était assisté par l’honorable Togola, Djibril Diallo. Plusieurs autres personnes ont intervenu pour enrichir la communication sur le Senté.  Vivement la troisième édition !

A propos du Senté

Le Senté est un genre artistique musical et chorégraphique du terroir du Ganadougou. Il est majestueux (avec des notes tantôt monotones, tantôt mélancoliques ou tristes) et mystique, c’est pourquoi sa pratique est réservée aux seuls  initiés. Lesquels ne lui faisaient recours que lors des grands évènements, tels à l’entame  d’une guerre pour galvaniser les troupes, de la mort d’un grand homme pour inculquer la bravoure. C’était toujours sur instruction du patriarche du Ganadougou. On raconte que le Senté pouvait jouer par lui-même pour annoncer la survenue d’un grand évènement. Le Senté serait la résultante du métissage culturel et artistique entre les populations peuhles et bambaras du Ganadougou. Il est composé d’une flûte introduite par les nomades bergers peulhs qui l’utilisent  pour réduire  leur  solitude et les  tam-tams utilisés par les bambaras sédentaires et autochtones. Ces tam-tams sont au nombre de quatre : deux « dogani » ou « tamani »  et  deux « kenkeni ». Les Diallo du Ganadougou sont demeurés  les détenteurs officiels de ce patrimoine musical. Toutes les composantes du peuple Gana ont participé à l’avènement du Senté. Les forgerons contribuent à la fabrication des tam-tams, les griots ont  toujours fourni la peau utilisée pour leur confection.  Toutes choses qui sous-entendent que c’est un folklore qui appartient à tous.

Qu’est-ce que le Ganadougou ?

Le Ganadougou est un espace géographique habité, depuis le XVIe siècle,  par le métissage biologique des populations  peuhles et bambaras mais aussi de purs bambaras. Il est situé entre le Kaprondougou  et le  Bacon. Sa superficie couvre plus de 4000 km2. Niéna est admis comme sa capitale. Lorsque l’on visite le Ganadougou, on a la chance de voir plusieurs sites touristiques. Ce sont entre autres : la grotte des hyènes de Niéna,  le « Niangalo » (puits sacré naturel au milieu d’un buisson à Niéna) où vivent des caïmans, le trou sacré des caïmans de N’Tjilla  qui abrite des caïmans  génies protecteurs du village, la tombe de Ouaténi  Diallo, à Tjilla. On raconte que c’est à partir de cette localité que les frères Diallo se sont séparés pour des besoins de pâturage. On peut voir aussi le lac sacré de Banzana, le Bamako Fara  où les génies hantent les hommes, les Abeilles de Zanièma  demeurent les gardiens farouches du village, elles protègent les habitants des mauvais esprits. On a aussi la tombe de Lamine Koro, les Koné de Zanièma et Niéna constituent toujours une identité culturelle mystique que le peuple  Gana conserve, malgré la présence de l’Islam.

Gaoussou Madani Traoré, envoyé spécial à Niéna