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Soutenir les agricultrices rurales, la voie de la réduction de la pauvreté en Afrique de l’Ouest

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La Journée Internationale de la femme rurale, la Journée mondiale de l’Alimentation et la Journée Internationale pour l’Elimination de la Pauvreté qui se déroulent respectivement les 15, 16 et 17 octobre sont des dates très importantes pour la réalisation des Objectifs de Développement Durable.

En adoptant cet ambitieux programme mondial en 2015, les dirigeants mondiaux ont décidé de libérer l’humanité de la pauvreté d’ici 2030, d’assurer une planète saine pour les futures générations et de bâtir des sociétés pacifiques et inclusives comme socle pour assurer des vies de dignité pour tous.

Les défis auxquels sont confrontés les dirigeants du monde sont, entre autres, la mobilisation efficace des actions pour soulager les 767 millions de personnes qui vivent encore avec moins de 1,90 dollar par jour et pour assurer la sécurité alimentaire des 793 millions de personnes confrontées régulièrement à la faim. La Journée Internationale pour l’Elimination de la Pauvreté, la Journée Internationale de la femme rurale et la Journée mondiale de l’Alimentation donnent des informations précieuses sur les multiples défis à relever pour éradiquer la pauvreté et apporter des solutions durables à la réalisation de cet objectif.

La pauvreté est souvent liée à un faible revenu. En Afrique de l’Ouest, le faible revenu par habitant dans de nombreux secteurs de la population indique une pauvreté généralisée. Les preuves indiquent que la majorité des populations n’ont pas un pouvoir d’achat de 2 dollars par jour. Cette preuve suggère en outre qu’une vaste proportion des populations d’Afrique de l’Ouest sont pauvres sur de longues périodes.

Le faible revenu n’est cependant pas le seul indicateur de la pauvreté. Les pauvres voient la pauvreté à travers différentes manifestations de privation qui incluent la faim, la malnutrition, l’analphabétisme, le manque d’accès aux services de base, y compris l’eau et l’assainissement et la discrimination ou la marginalisation des processus de prise de décision.

En tenant compte de tous ces indicateurs, nous déduisons que les privations liées à la pauvreté sont liées à l’absence ou à la faiblesse des revenus et au manque d’accès et d’appropriation des ressources productives et économiques ainsi qu’à un manque d’accès aux services sociaux de base, santé et information.

La faim et la pauvreté sont intrinsèquement liées aux femmes rurales. À l’échelle mondiale, les femmes représentent 43% de la main-d’œuvre agricole. En Afrique, 80% de la production agricole provient de petits agriculteurs, essentiellement des femmes rurales. Malgré le rôle important que les femmes jouent dans les économies agricoles en soutenant l’autosuffisance alimentaire des ménages et des communautés, elles ne sont pas suffisamment soutenues pour s’acquitter efficacement de leur rôle.

Les femmes rurales d’Afrique de l’Ouest souffrent des taux élevés d’analphabétisme ; elles ont moins accès à la sécurité foncière que les hommes, aux intrants agricoles, au financement, à l’eau et à l’énergie ; des infrastructures, des technologies et des services de vulgarisation appropriés constituent le visage le plus visible de la pauvreté. Selon certaines estimations, combler l’écart entre les sexes dans l’accès à la terre et aux autres actifs productifs pourrait augmenter les rendements agricoles jusqu’à 20% en Afrique.

Cela permettrait également aux agricultrices d’adopter des approches agricoles résilientes au climat. Essentiellement, l’égalité d’accès des femmes et des hommes à la terre et aux autres ressources productives peut offrir un « triple dividende » en matière d’égalité des sexes, de sécurité alimentaire et de gestion du climat, offrant ainsi une approche rentable et transformatrice de la poursuite des ODD.

Le fait de s’attaquer systématiquement aux écarts entre les sexes dans la lutte contre le changement climatique est l’un des mécanismes les plus efficaces pour renforcer la résilience climatique des ménages, des communautés et des nations. Ces dernières années, la prise de conscience croissante de l’impact disproportionné du changement climatique sur les femmes et les filles s’est traduite par une prise de conscience de leur rôle d’agents de changement et de l’importance de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes.

Le thème de la Journée mondiale de l’alimentation cette année est «Changer l’avenir de la migration, investir dans la sécurité alimentaire et le développement rural». La migration des zones rurales vers les zones urbaines et vers d’autres pays a contribué à l’épuisement des ressources humaines indispensables dans les zones rurales. Le phénomène de déplacement à la recherche de pâturages plus verts ne se limite pas aux hommes, mais les jeunes femmes ont également quitté pour diverses raisons, notamment le mariage, le travail, le commerce et l’éducation. Cela indique que l’agriculture n’est pas vraiment une alternative principale pour les femmes rurales et cela a des implications pour la sécurité alimentaire des ménages et de la communauté.

Le système des Nations-Unies espère que l’appel du 17 octobre mettra fin à la pauvreté «comme chemin vers des sociétés pacifiques et inclusives». Selon Irina Bokova, Directrice générale sortante de l’UNESCO: «Les plans nationaux d’éradication de la pauvreté seront plus forts s’ils sont inclusifs, en intégrant les voix de tous les secteurs de la société. L’accès aux services de base est essentiel, de même que les capacités de connaissance requises, mais l’éradication de la pauvreté appelle également à une plus grande participation de tous les hommes et de toutes les femmes, en commençant par les jeunes, dont l’autonomisation est la clé du succès.

Apporter un soutien aux agricultrices d’Afrique de l’Ouest n’est qu’un moyen d’éradiquer la pauvreté. Cependant, il s’agit d’une contribution plus importante, tant que les agricultrices ne reçoivent pas le maximum de soutien, il est certain que les systèmes agricoles de la sous-région continueront à souffrir d’une faible productivité et de faibles rendements.

Bien que les lois, les politiques et les programmes sensibles au genre soient en train d’être conçus, ceux-ci doivent être accompagnés des ressources nécessaires à un niveau et à une échelle capables de répondre à leurs besoins d’une manière transformatrice de genre. Tant que cela n’est pas fait, nous risquons de ne pas atteindre les objectifs 1 et 2 des ODD.