Home INFOS INTERNATIONALES Révolution en Arabie saoudite : les femmes vont pouvoir conduire

Révolution en Arabie saoudite : les femmes vont pouvoir conduire

361

L’Arabie saoudite a annoncé le mardi 26 septembre que les femmes seraient autorisées à conduire à partir de juin 2018. La décision met fin à une politique de longue date empêchant les femmes de conduire dans le royaume.

Alors que les groupes de défense des droits et les militants saoudiens ont longtemps fait campagne pour que l’interdiction soit levée, ce qui a entraîné l’arrestation et la détention de certaines femmes qui ont organisé des marches, les responsables et les clercs de l’Arabie ont fourni de nombreuses explications pour l’interdiction au fil des ans. La mesure a longtemps terni l’image de l’Arabie saoudite, même parmi ses alliés les plus proches. Hommes et femmes ont dansé dans la rue au rythme des percussions et de musique électronique, des scènes inédites dans un pays connu pour la ségrégation sexistes dans l’espace public.

Depuis seulement 2015, les femmes saoudiennes ont le droit de voter et de se présenter aux sièges des conseils locaux du royaume. Les dirigeants saoudiens espèrent également que la nouvelle politique aidera l’économie en augmentant la participation des femmes en milieu de travail. De nombreuses travailleuses saoudiennes consacrent une grande partie de leur salaire à la paie des conducteurs ou sont obligées de se faire conduire par des parents masculins.

La fin de l’interdiction de la conduite des femmes rencontre une certaine résistance dans le royaume, où les familles sont très conservatrices et certains hommes disent s’inquiéter de leur appartenance à une famille si leur voiture se décompose.

Le prince Khalid bin Salman, fils du roi Salman et ambassadeur saoudien aux États-Unis, a déclaré à un journaliste lors d’une conférence de presse à l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington qu’il ne s’attendait pas à ce que le changement de politique soit confronté à une grande résistance. “Je pense que notre société est prête à accueillir une telle décision“, a-t-il déclaré.

Il a ajouté que les femmes seraient en mesure d’obtenir un permis de conduire sans avoir à demander la permission de leurs maris, de leurs pères ou d’un tuteur masculin. Cela contraste avec les lois de «tutelle » qui donnent aux hommes le pouvoir sur leurs proches. La loi sur la tutelle empêche les femmes de voyager à l’étranger, de travailler ou de subir des soins médicaux sans le consentement de leur « gardien » masculin qui est souvent un père, un mari ou même un fils.

L’ambassadeur a déclaré que les femmes seraient en mesure de conduire seules mais que le ministère de l’Intérieur déciderait si elles pouvaient exercer les fonctions de conducteurs professionnels.

Au-delà des effets que la levée de cette interdiction pourrait avoir sur l’image de l’Arabie saoudite à l’étranger, elle aiderait aussi l’économie saoudienne. Le décret dit qu’un comité ministériel de haut niveau était formé pour étudier d’autres questions qui devaient être abordées pour que le changement se produise, y compris la formation de la police pour intégrer les femmes. En Arabie Saoudite, un homme et une femme qui n’ont aucun lien de parenté ont peu de contact entre eux. Le comité dispose de 30 jours pour fournir ses recommandations.

Les groupes de défense des droits de la femme, les femmes professionnelles et les jeunes se sont félicités du changement. “Je suis sous le choc, je ressens une très grande joie”, a lancé Haya Rakyane, employée de banque de 30 ans, installée à Ryad. “Je ne m’attendais pas à une telle décision avant 10 ou 20 ans”, a-t-elle déclaré à l’AFP.

Dans le cadre d’un plan de réformes économiques et sociales à l’horizon 2030 pour limiter sa dépendance au pétrole, Ryad semble assouplir certaines mesures imposées aux femmes. En novembre dernier, le Prince et milliardaire saoudien, Al-Walid ben Talal, avait lancé un vibrant appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire. Autoriser les femmes à conduire est désormais “une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie”, soulignait-il en référence aux difficultés budgétaires que connaît son pays en raison de la baisse de ses recettes pétrolières, consécutive à l’effondrement des cours du brut. Le recours à des chauffeurs étrangers coûte des milliards de dollars à l’économie saoudienne, selon lui.

La communauté internationale a salué la décision historique de l’Arabie Saoudite d’autoriser les femmes à conduire, alors qu’elle était jusqu’ici le seul pays au monde à imposer une telle interdiction. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a applaudi ce qu’il appelle un “pas important dans la bonne direction”.

“C’est la concrétisation du courage des militantes qui ont fait campagne pendant des années”, a dit Amnesty International. “Cela n’avait que trop duré”, a ajouté l’organisation à propos de la levée de l’interdiction qu’elle a qualifiée de “petit pas”.

Source : Africanews / NY Times/ CNN