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La proposition du Parlement de la CEDEAO, trois enfants par femme, est-elle la réponse à la crise démographique en Afrique de l’Ouest ?

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Les parlementaires de la CEDEAO, de la Mauritanie et du Tchad ont convenu, le samedi 22 juillet, de proposer que les parlements encouragent les gouvernements à mettre en place des politiques pour que, d’ici 2030, chaque femme de la région n’ait pas plus de trois enfants, pour contrôler la croissance rapide de la population de la région.

Considérée comme l’une des régions à plus forte croissance démographique dans le monde, l’Afrique de l’Ouest devrait atteindre un milliard de personnes d’ici 2050, si les taux élevés de fécondité (5,6 enfants par femme) ne sont pas considérablement réduits. Pour induire «un déclin rapide et volontaire» du taux de natalité, les parlementaires proposent que les femmes réduisent le nombre d’enfants auxquels elles donnent naissance.

Le fait de vouloir freiner la croissance rapide de la population comme réponse aux préoccupations macroéconomiques et socio-économiques de la région de l’Afrique de l’Ouest peut bien se comprendre. Cependant, une telle déclaration prouve à suffisance le peu de connaissance des parlementaires concernant les impacts sexospécifiques qu’une telle politique aurait sur la vie des femmes et des familles individuellement.

La déclaration en soi est discriminatoire. Elle fait allusion au contrôle de la vie reproductive d’une femme, au nombre d’enfants qu’elle peut avoir. Elle ne fait pas référence au nombre d’enfants qu’un homme peut avoir. Dans une région où la polygamie est largement pratiquée, on peut supposer qu’un homme peut avoir jusqu’à douze enfants, s’il se conforme aux prescriptions religieuses qui autorisent un homme à prendre quatre épouses. Il peut en épouser plus ou moins selon le nombre de fois qu’il se marie et se remarie.

Toutes les tares du patriarcat apparaissent également dans la politique de trois enfants par femme, proposée. Sous le prétexte de freiner le taux élevé de croissance de la population dans la région, ce que les parlementaires de la CEDEAO font par inadvertance, c’est une tentative de domination et de contrôle de la reproduction et de la sexualité des femmes, et pire encore, ils voudraient définir leur statut, leurs privilèges et leurs droits. Le patriarcat est tellement ancré en l’Afrique de l’Ouest qu’il est difficile de distinguer ses lignes de démarcation entre les espaces privés et les espaces publics.

Dans notre région, la domination de l’homme sur la femme est omniprésente et influe sur la prise de décision de la femme quant à sa vie reproductive. Le nombre d’enfants qu’une femme peut avoir est principalement déterminé par son mari et d’autres influences extérieures, comme la préférence sociétale pour le garçon, et non par elle-même. Pour satisfaire la famille avec un garçon, certaines femmes sont obligées de faire plusieurs grossesses à la recherche d’un fils, parfois sans succès.

Donner naissance à un garçon améliore le statut de la femme et, dans le cas du veuvage, augmente son accès à la richesse familiale par l’héritage de son fils. L’augmentation du nombre de femmes travailleuses avec des revenus indépendants et, les efforts concertés de nombreuses organisations pour améliorer le statut des filles par l’éducation, contribuent à amoindrir cette pratique.

La région se caractérise par une mortalité infantile élevée et l’incertitude des taux de survie de l’enfant, ce qui incite de nombreuses femmes à avoir de multiples enfants afin de s’assurer qu’elles auraient un survivant pour les soigner dans leur vieillesse. En l’absence de politiques de protection sociale pour les personnes âgées, les gens ne peuvent compter que sur leurs enfants pour les soutenir dans leur vieillesse. Le manque de mécanisation et de main-d’œuvre a également motivé les femmes à avoir autant d’enfants que possible pour les aider dans les tâches ménagères et autres.

Les faits soulevés ci-dessus ne sont que quelques-uns des facteurs contribuant au taux élevé de fécondité en Afrique de l’Ouest. Pour résoudre les problèmes de la population, il est important de comprendre les problèmes et mettre en place des mécanismes tendant à y remédier et à réduire efficacement la taille des familles.

Dans ce processus, l’éducation s’avère un outil clé et peut-être même le plus puissant outil pour réduire les taux de fécondité. Les femmes qui ont un niveau d’étude élevé sont plus susceptibles à retarder ou à limiter les grossesses, à avoir moins d’enfants pour mieux s’en occuper. Investir dans l’éducation est la meilleure voie pour réduire naturellement les taux de fécondité plutôt que les politiques qui cherchent à contrôler le nombre d’enfants qu’une femme devrait avoir.

La Chine, le Japon et la Russie qui ont mis en place des politiques de contrôle des naissances mettant des considérations sociales et économiques au-dessus des besoins et des intérêts individuels sont aujourd’hui confrontés à de sérieux défis découlant de ces politiques.

Le président Vladimir Poutine, dans son discours sur l’état de l’Union en 2000, a déclaré que si la tendance à la baisse de la population devait se poursuivre, l’existence de la population russe serait menacée, et qu’il mettrait en place une nouvelle politique démographique et une série de mesures pour faire remonter le nombre de naissances.

Les conséquences des mesures de diminution du taux de naissance prises par le Japon dans les années 1950 sont apparues au grand jour au début des années 2000, avec des impacts négatifs sur les systèmes économiques, sociaux et de sécurité. Depuis, le gouvernement japonais a encouragé une augmentation de la fécondité.

La politique d’un enfant par couple introduite dans les années 1970 en Chine a de nombreux résultats sociaux troublants. Il s’agit notamment du phénomène des «femmes disparues» et des «branches nues», causé par un déséquilibre de rapport du sexe du bébé à la naissance (SRB). Beaucoup de femmes sont poussées à choisir le sexe de leurs enfants, préférant les garçons aux filles et beaucoup d’hommes chinois ont maintenant du mal à trouver une partenaire. Les «branches nues», qui sont principalement des hommes ruraux pauvres, sont une conséquence de ce problème. Ils existent en très grand nombre et constituent une menace importante car ils peuvent recourir à la criminalité et à la violence pour améliorer leur situation et leur statut.

Le vieillissement rapide et le déclin de la taille de la population constituent une grande menace pour l’économie chinoise, les marchés du travail, les systèmes sociaux et les infrastructures. Les soins et le soutien pour les personnes âgées constituent un problème et sont une pression considérable sur la famille et le gouvernement dans la planification de la future structure démographique du pays.

The Women’sTorch  invite  les parlementaires de la CEDEAO à initier des missions de recherche,  et une analyse détaillée de la situation afin de mieux atténuer la crise démographique de l’Afrique de l’Ouest avant d’élargir la politique de trois enfants par femme pour les femmes ouest-africaines.