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L’incendie des Tours de Greenfell : Hommage à la jeune artiste Khadija Seye

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Khadija Saye, âgée de 24 ans, fait partie des victimes de l’incendie qui a ravagé Grenfell Tower, à Londres, Royaume-Uni, le mercredi 14 juin 2017. Un incendie qui a consumé 58 vies, y compris Khadija et sa mère de 52 ans, Mary Mendy. Plus de 500 personnes ont été laissées sans abri. Peu avant sa mort, à 3 heures du soir, Khadija a envoyé ce message Facebook à ses amis : «Il y a un incendie dans mon bloc municipal. Je ne peux pas quitter l’appartement. Priez pour moi et ma maman ».

Ce message démontre la spiritualité intérieure et la foi de Khadija. Attributs qu’elle a recherchés toute sa vie. Enfant d’une mère gambienne, Mary Mendy, et née dans un ménage multi-foyer, Khadija a été fortement influencée par ses antécédents. Elle a trouvé sa voie dans le travail d’artiste qu’elle exerce en utilisant les procédés photographiques du 19ème siècle avec usage de la plaque humide Collidion Tintypes qui consiste à développer des images photographiques et à les verser directement dans des plaques d’aluminium. Pour Khadija, le fait de couler du collodion sur la plaque alluminium était profondément symbolique et lui rappelait le processus baptismal de versement d’eau sur la personne pour laver les péchés. (Khadija Saye, Instragram).

Son travail qui explore la spiritualité gambienne transcende la religion et les régions spécifiques en explorant l’identité, la diaspora, la spiritualité et la religion pour satisfaire son désir profond et détaché de trouver du réconfort dans une puissance supérieure. En explorant la migration des pratiques spirituelles traditionnelles gambiennes, Khadija les exprime dans la belle série Dwelling : In This SpaceWeBreath (Logement : Dans cet espace, nous respirons), produite avec l’artiste Almudena Romero. La série est exposée à la 57ème Biennale de Venise, dans le Pavillon de la Diaspora, du 13 mai au 26 novembre 2017.

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Elle a partagé sa joie de faire partie de l’exposition Diaspora à Venise avec une publication Facebook : «Ce fut un véritable voyage, des larmes, des hauts et des bas, mais maman, je suis une artiste exposant à la Biennale de Venise et les bénédictions sont abondantes !” Elle avait précédemment exposé sa série couronnée au Mall Galeries, en 2014 dans l’exposition ING Discerning Eye – en tant qu’invitée du conservateur d’artiste, Nicolas Green.

L’histoire de Khadija Saye inspire et mérite d’être racontée afin que les jeunes filles puissent suivre cet exemple plein de détermination et de confiance en soi, peu importe la durée de la vie. Née à Londres, elle a vécu à Grenfell Tower avec sa mère et a grandi dans la région de Notthing Hill. Khadija a fréquenté l’école de la localité mais à 16 ans, elle a reçu une bourse complète à la prestigieuse école de rugby. C’était à la fois une opportunité et un défi à relever pour la jeune Khadija. Une occasion de bénéficier d’une éducation de qualité supérieure qu’elle a très bien appréciée, que les étudiants issus des milieux les plus privilégiés prenaient pour leur chasse gardée.

Elle a été mise au défi par le fait qu’elle vivait à Grenfell Tower et que les autres enfants provenaient de maisons privilégiées. En transformant ce défi en une force, elle a décidé de travailler avec confiance et estime de soi. Ce n’est l’habitation d’une personne qui détermine son être, mais c’est plutôt sa personnalité qui reste le facteur déterminant. Elle a travaillé à la réalisation de cet objectif et, d’après tous les indicateurs, cela fut un succès. Khadija est diplômée de l’Université des arts créatifs de Farnham.

L’art était aussi un monde inconnu pour Khadija. Selon Nicolas Green «Elle ne connaissait personne dans le monde de l’art, elle ne venait pas de ce monde, mais elle était si précise quant à son travail et à son désir de créer». Elle n’avait pas non plus d’argent. Ne comptant que sur elle-même, elle a utilisé son propre argent pour financer son travail. C’était sa détermination à réussir qui l’a amenée à Venise où sa remarquable série, puissante et originale, a attiré l’attention d’Andrew Nairne, Directeur de Kettle’s Yard Gallery. La rencontre qui était prévue entre lui et Khadija Saye aurait ouvert d’autres voies pour elle, mais sa mort précipitée et inattendue en a décidé autrement.

Elle est vue par ses amis, David Lammy, député travailliste pour Tottenham et épouse Nicolad Green comme “une belle âme, un artiste émergent”. Lou Johnson et d’autres amis de l’université l’ont décrite comme une personne désintéressée qui aimait être au service des autres, Khadija tient surement ces différentes qualités de sa mère, Mary Mendy. Car, selon Batch Ndow, un ancien collègue de Mary : «Sa mère, Mary Mendy est une femme formidable. J’ai travaillé avec elle au programme des bourses du président qui est maintenant appelé le programme de récompenses internationales du président. »

Mary a continué à donner à l’humanité alors qu’elle a travaillé comme une donneuse de soins au Royaume-Uni et a pris sur son salaire pour acheter des livres et du matériel scolaire pour les enfants les moins privilégiés en Gambie.

Il est triste que deux femmes remarquables qui ont tout donné à la vie et apporté de si merveilleuses contributions à l’humanité, aient quitté le monde de manière aussi douloureuse.

Elles sont parties, mais leur vie continue à travers l’art de Khadija.

Adélaïde Sosseh