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Sikasso : Ces braves femmes de la campagne

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Aux entrées de la ville de Sikasso,il n’est pas rare de rencontrer des femmes paysannes, les unes derrière les autres, avec sur la tête le fagot de bois de cuisine qu’elles viennent monnayer aux abords des routesou sur les marchés des quartiers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Toute leur vie est vouéeau service de leur ménage.

Elles viennent des 28 villages de la commune urbaine de Sikasso, situés  à une vingtaine de kilomètres à la ronde. La ville de Sikasso compte 400 mille âmes réparties dans 15 quartiers et 2 bidonvilles.

Mariées pour la plupart d’entre elles, ces femmes cherchent les moyens de leur survie. Elles apparaissent les pieds recouverts de poussière comme si la marche était ce qu’elles savaient faire de mieux, à la fois accablées par la distance et les rayons dusoleil.

Les femmes que nous avons vues et rencontrées acceptent des prix véritablement bas. On ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil sur la pauvreté qui les caractérise, car elles gagnent peu d’argentau regard de l’effort fourni. Avec sur la tête leur charge, le plus souvent un fagot de bois surmonté d’un panier contenant des produits de cueillette ou “tout ce qu’une femme de la brousse peut bien vendre”.

Ce mouvement quotidien des femmes en milieu rural s’opérait depuis des dizaines d’années. Plusieurs générations l’ont vécu. Plus loin dans le temps, ces vendeuses de produits de cueillette et de bois de chauffe venaient de plusieurs dizaines de kilomètres bien avant l’indépendance de notre  pays, à l’époque du « marché de troc » où le  tabac, les tissus de cotonnade et le beurre de karité  étaient très demandés par les commerçants arabes du Maghreb et les missionnairesblancs.

Celles que l’on voit  aujourd’hui sur le marché sont quelque peu les héritières de ces temps anciens dans le Kénédougou. Elles continuent de ravitailler la ville en beurre de karité, potasse, feuilles fraîches ou séchées entrant dans la préparation des sauces.Elles apportent aussi des mangues et des bananes issues des plantations villageoises. Leurs produits sont beaucoup moins chers que ceux habituellement exposés sur la place du marché central.

Ces femmes  apparaissent comme porteuses d’une mission au bout de laquelle elles attendent une réponse justicière contre la dure réalité de notre époque. En période d’hivernage, elles sont moins visibles sur les routes car les travaux champêtres sont là avec leurs exigences.

Commerçantes un peu malgré elles, témoins de l’histoire aussi, ces femmes rurales sont une frange du secteur informel. Peut-être que demain viendra un programme de développement qui prendra en compte la réalité de leur souffrance et les soulagera un peu du lourd fardeau qui constitue leur vie.

Boubacar Cissé, Sikasso   Mali