Home ARTS ET CULTURE Sikasso : La main habile « des forgeronnes » en milieu senoufo

Sikasso : La main habile « des forgeronnes » en milieu senoufo

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Dans le Kénédougou profond, au sud du Mali, les femmes potières restent fidèles à la tradition, manipulant le « banco tamisé », elles font un travail admiré par les visiteurs de l’intérieur comme ceux de l’extérieur. Installées dans les villages, toutes ces potières sont majoritairement « forgeronnes ». Le résultat du métier de ces braves dames est visible dans chaque ménage à l’image de la jarre utilisée pour recueillir l’eau de boisson quotidienne. Korotoumou Sogodogo, l’une de ces potières, nous parle de ce métier qu’elle a appris de sa mère et de ses grands-parents du village.

L’activité artisanale est aussi ancienne que la terre en Afrique et particulièrement au Mali. Elle occupe une place de choix dans notre économie. En dépit de l’apparition des matériaux modernes, son usage est toujours d’actualité. De très braves  femmes  senoufos, heureuses d’hériter cette activité de leurs ancêtres, la pratiquent avec perfection et satisfaction.

Le métier de la poterie est assez compliqué et nécessite une grande patience. La nature de la terre utilisée pour confectionner les pots est déterminante. « Toutes les terres ne conviennent pas pour faire de la poterie, nous nous déplaçons pour aller chercher le banco  loin de la ville. Le chargement et le tamisage peuvent durer de 24 à 48 heures », a dit Korotoumou, la potière du quartier. Après cette première étape, la terre pleine d’argile est mouillée dans de l’eau pendant environ 12 heures. La deuxième phase consiste à confectionner tout ce que l’on souhaite faire : pots de fleurs, canaris, jarres, assiettes, plats à four, moutardiers, pots de liqueurs, réservoirs d’eau pour animal, au bonheur des éleveurs. Aussi,  nous confie la potière, certains clients commandent des modèles de leur choix. La clientèle de Korotoumou est diverse et composée majoritairement d’occidentaux.

« Le marché de la poterie se porte bien », indique sa petite fille, Fanta. La demande de canaris et marmites est assez forte pour des besoins de mariage et, malheureusement de maladies pour faire bouillir les tisanes. Les assiettes et autres ustensiles sont prisés par les propriétaires de restaurants qui, de plus en plus, se tournent vers ces objets de fabrication traditionnelle. La demande de pots de fleurs est aussi très forte.

Korotoumou Sogodogo exerce ce métier depuis 25 ans déjà. Elle travaille avec ses filles et petites filles et contribue aux charges de sa famille. Elle gagne en moyenne 125 000 à 150 000 FC FA par mois. N’ayant jamais reçu de distinction honorifique, Korotoumou espère que la valeur de son métier sera reconnue un jour et sanctionnée par une médaille. Elle a formé plusieurs femmes installées aujourd’hui à leur propre compte.

Les potières du Kénédougou sont organisées en coopératives. Elles participent à tous les évènements à l’échelle nationale et internationale tels que la Semaine Nationale de la Culture (SNC), la Foire Internationale de l’Artisanat du Mali.

Boubacar Cissé / Sikasso