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Niger : manifestations estudiantines violentes

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Le Chef de l’Etat joue la carte de l’apaisement

Il aura fallu un mort et l’exigence d’une enquête sur les évènements du 10 avril 2017 émise par des associations, institutions de la République, partis politiques de l’opposition et même de la majorité au pouvoir à Niamey, pour que le Président de la République du Niger sorte de sa réserve.

Le président Issoufou Mahamadou a ainsi reçu trois membres du Comité directeur de l’Union des Scolaires Nigériens (USN) le samedi 15 avril 2017 en présence du Premier ministre mais en l’absence du Ministre Mohamed Ben Omar (en charge de l’Enseignement supérieur dont les étudiants exigent la démission ou le renvoi du gouvernement).

Le président Issoufou Mahamadou a, dans la foulée de cette audience, fait lever l’ordre de fermeture des campus universitaires de Maradi et Niamey, fait arrêter trois agents de la police nationale présumés auteurs ou complices de la mort de l’étudiant Mala Bagalé ou d’autres infractions, promis la libération des étudiants arrêtés et décidé de faire engager une enquête sur toute l’affaire. Last but not the least, un comité placé sous la direction du Premier ministre Brigi Raffini, a été créé. Il est composé de l’USN, le Syndicat national des enseignants et chercheurs du Supérieur (SNECS), des parents d’élèves, des ministres en charge de l’Education, des chefs religieux musulmans et chrétiens, etc. Ce, en vue de proposer des solutions de sortie de crise scolaire au chef de l’Etat.

Exit donc le comité interministériel de négociation avec les partenaires sociaux présidé par le ministre d’Etat Mohamed Bazoum en charge de l’Intérieur et ci-devant président du parti présidentiel (le PNDS-Tarraya) qui était, jusque-là, en charge du dossier. Exit aussi le ministre Ben Mohamed.

Mais, tous ces gages de bonne volonté du pouvoir ne convainquent pas l’USN. Si elle a bien demandé à ses membres de regagner les campus rouverts par le gouvernement, cette Union exige du chef de l’Etat qu’il présente des excuses publiques à la famille du défunt Mala Bagalé, que ses assassins soient jugés et condamnés, que l’enquête qu’elle exige pour reprendre les activités académiques proprement dites soit menée à terme d’autant qu’en dehors de la mort, des blessés graves, il y aurait eu vol d’ordinateurs, de téléphones portables, viols ou tentatives de viol, etc. En outre, l’Union exige que les « préalables » posés au gouvernement soient satisfaits sans délai. L’USN a annoncé lundi le dépôt le mardi 18 avril 2017 d’un mot d’ordre de « marche pacifique nationale » à laquelle elle invite les autres forces vives du pays.

Ce, d’autant que le gouvernement ne reconnaît pas formellement que la mort de Mala Bagalé est liée à la répression du 10 avril 2017. En fait, même le communiqué de la Direction générale de la police nationale rejetant sur trois de ses agents la responsabilité des actes commis laisse les étudiants de marbre.

Alors, va-t-on vers une sortie de crise ou un emballement de la situation ? En tous les cas, à peine ces concessions faites par le gouvernement étant obtenues par l’USN qu’un autre front, apparemment en sommeil, s’embrase : celui des enseignants qui entendent eux aussi sortir cette semaine dans les rues de la capitale et même du pays tout entier…

Pour l’heure, tous n’ont qu’une seule certitude et une seule interrogation : le jeune étudiant Mala Bagalé repose depuis le lundi 17 avril 2017au cimetière musulman de Niamey où il a été enterré en présence de plusieurs milliers de Nigériens. Mais où est-ce que le gouvernement – qui est en difficulté financière – va-t-il trouver l’argent nécessaire pour acheter la paix sociale ? Car en fait, la crise scolaire est d’abord le corollaire d’une crise de trésorerie de l’Etat !

Par Soulé Manzo / Niamey